La société, la famille, les pratiques éducatives : quelles évolutions depuis 50 ans et quelles conséquences sur le fonctionnement des enfants ?



Au cours des cinq dernières décennies, la société, la famille et les pratiques éducatives se sont profondément transformées. Il s'agira, dans cette intervention, de préciser ces évolutions et d'interroger la clinique pour dégager les liens possibles entre les mutations sociétales et familiales et le fonctionnement actuel des enfants et des adolescents.


Les transformations sociétales ont influencé les valeurs comme les pratiques : dans les domaines économiques (mondialisation, nouvelles technologies de l'information et de la communication), politiques (démocratie radicalisée s'étendant à la famille) et sociaux (place des femmes, « nouveaux pères », nouvelle place des enfants, développement des médias). Parallèlement, le développement de l'individualisme et le primat accordé à l'amour dans un contexte plus égalitaire ont favorisé l'installation de relations peut-être plus authentiques mais surtout plus précaires. Au sein des familles, cet individualisme a parfois profondément changé le fonctionnement communautaire: la famille contemporaine est marquée par la prévalence de la symétrisation des relations entre parents et enfants et la recherche du plaisir immédiat. Le consensus et l'hédonisme semblent devenir les deux piliers de la nouvelle organisation familiale. L'autorité est très assouplie voire abandonnée au profit d'une relation plus contractuelle, entre le parent et l'enfant, réglée au cas par cas, dans une négociation entre égaux. Ainsi, les parents proposent de nouvelles conditions d'existence aux enfants, de nouveaux modèles, de nouveaux modes de régulation au sein de l'organisation familiale. Les modifications de la place de l'enfant sont profondes. Confronté de plus en plus souvent à une pluralité de modèles parentaux au cours de son histoire, l'enfant doit, au fur et à mesure de son développement, se débrouiller pour construire ses grandes problématiques.


Dans ce contexte inédit, nous proposons l'hypothèse de l'émergence d'une nouvelle personnalité de base qui serait la traduction des nouveaux repères de la société et de la famille et les conséquences des nouvelles pratiques éducatives. Cette nouvelle personnalité de base serait étayée sur l'individualisme, l'hédonisme, et la centration du sujet sur lui-même. Conjointement à ces transformations de la société et de la famille, les psychiatres d'enfants sont confrontés de plus en plus souvent à des pathologies du comportement, d'attaques du corps et de l'attachement chez des enfants de plus en plus jeunes. Ces modifications de la symptomatologie sont à mettre en parallèle avec les constats des professionnels de l'enfance, ils rencontrent plus souvent des enfants semblant présenter une méconnaissance grandissante de la hiérarchie, un estompage, voire une disparition des règles de civilités, une intolérance grandissante à la frustration. Ces mutations sociétales et familiales nous conduiront-elles à revoir nos modèles de compréhension et d'intervention ?


Références bibliographiques :


  • Gaucher M.(2004). L'enfant du désir. Le débat, 132, pp 98-121.
  • Kardiner A., Linton R. (1969). L'individu dans sa société : essai d'anthropologie psychanalytique. Paris : Gallimard.
  • De Singly F. (1993) Sociologie de la famille contemporaine. Paris : Nathan.
  • De Singly F. (2000). Libres ensemble. L'individualisme dans la vie commune. Paris : Nathan.

  • Lazartigues A., Morales H., Saint-André S., Planche P. (2006). L'enfant au risque d'un nouveau monde. L'évolution psychiatrique, 71 (2), pp.331-347.
  • Lazartigues A., Planche P., Saint-André S., Morales H. (2007). Nouvelles sociétés, nouvelles familles : nouvelles personnalités de base ? L'Encéphale, 33 (1), pp.293-299.
  • Lazartigues A. (2007). Nouvelles familles, nouveaux enfants, nouvelles pathologies. Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 55 (5-6), pp.304-320.